Carnaval de Nice 2013 : De qui se moque-t-on?
« Le Roi des 5 continents » signera à partir du 15 février le début de la 129ème édition du carnaval de Nice. C’est la manifestation la plus importante de la Côte d’Azur en hiver. Mais a-t-elle encore une âme ?
Cette année, le roi des 5 continents aura comme invité d’honneur la francophonie; un choix qui s’impose de lui-même étant donné que Nice accueillera cette année les 7ème jeux de la francophonie (du 6 au 15 septembre). Entre la bataille des fleurs, les costumes, le corso de 18 chars et les milliers de personnes provenant des quatre coins du globe venues voir l’un des plus grands carnavals du monde, le carnaval de Nice n’a-t-il pas perdu son identité et son charme populaire.
Petit rappel historique. La naissance du carnaval vient du mot « carne levarelevamen » (« enlève la chair ») où quarante jours avant le carême, selon la tradition catholique, les Niçois profitaient d’une cuisine riche, grasse et abondante. Cette période était accompagnée d’une série d’animations où il était de coutume de se moquer de tout et de tous. Protégé par son masque et son costume, chacun riait aux dépens de l’autre et avait la liberté de s’envoyer de la farine, des œufs etc…
Dorénavant, sous les signes d’une fausse bonne idée, le carnaval se décline sous un thème plus général et touristique dorénavant. « Les chars doivent êtreplus compréhensibles pour tout le monde avec des images plus planétaires.» Sous l’influence des carnavals brésiliens, caribéens et latino-américains, la fête s’imprègne de ces cultures. Il s’ensuit alors, des écoles de samba, salsa et autres qui remplacent peu à peu les marches et les farandoles d’antan.
Carnaval grand spectacle et non carnaval de Nice !
Le carnaval est devenu aujourd’hui l’évènement qui nourrit une partie de l’économie locale niçoise. En effet, l’ensemble des retombées économiques pour cette intervention touristique est estimé entre 30 et 33 millions d’euros pour un budget d’environ 7 millions. Les hôteliers et commerçants s’en frottent déjà les mains. A cela s’ajoute une élection tant inutile qu’inintéressante aux allures d’une miss France du carnaval. Cette année encore et pour la quatrième année consécutive, les internautes du monde entier pouvaient élire une reine du carnaval qui sera l’ambassadrice de Nice et de son carnaval pendant un an. Pire encore, les fleurs remplacent les œufs et les farines. La bataille des fleurs est créée par Andriot Saëtone, (chef du bureau de bienfaisance à la préfecture de Nice), en 1876 soit environs 500 ans après la célébration du 1er carnaval. « Ce serait dangereux pour les spectateurs de leur envoyer ce genre de choses au visage, qui sait, ils pourraient porter plainte ! » explique Kristian, l’un des plus anciens Ymagiers du carnaval de Nice. Alors embaumons-les plutôt d’une agréable odeur d’essence émanant de ces chars qui roulent encore au diesel !
Planche à billet. Ce carnaval ne consisterait-il pas à, seulement, aligner des billets pour s’assoir gentiment sur des gradins hors de prix ? Plus personne ne se moque de personne. On se contente de s’asseoir sur les gradins, de regarder passer les chars ou de marcher tranquillement sur un chemin délimité par des barrières à moitié déguisé sous l’œil attendri des policiers et en souriant poliment aux touristes venus voir Nice et son plus beau carnaval du monde.
Le carnaval est-il mort ? Pas tout à fait dira-t-on. Le véritable carnaval qui se rapproche au plus près de l’esprit historique est en train d’agoniser. Son nom : le carnaval indépendant de Saint-Roch. En effet, ce dernier reste encore dans l’état d’esprit du carnaval d’antan : moqueries, bonne humeur, farines, œufs et surtout gratuité pour le plaisir de tous. Oui le carnaval indépendant agonise ! Il se meurt sous les puissantes mains de la municipalité qui tente de l’étouffer en déclinant à plusieurs dernier, un carnaval indépendant a eu lieu sans aucun problème sous une pluie de farine et de bonne humeur. « La meilleure manière de faire revivre le carnaval serait de faire participer les Niçois à la confection des chars dans chaque quartier et non pas passer par des appels d’offre comme le fait la mairie en ce moment. Et même si elle nous donne l’autorisation de participer le 26 février au carnaval officiel pour ainsi présenter un de nos chars, nous serons complètement noyés par la masse » souligne Cristoù Daurore, animateur au centre d’accueil de demandeurs d’asile et ancien responsable du carnaval indépendant. Mais pendant l’hiver à Nice, un vent de répression souffle sur ces carnavals populaires. Le roi tente de tuer le carnaval avant qu’il ne soit brûlé.
S .M.A

