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mercredi 4 février 2009, par Lidice Busot-Mozes / "le Patriote"
Le désespoir envahit Nice télévision depuis la fin de l’année. Cette chaîne associative qui semblait jusqu’alors épargnée et une des rares survivantes des télés locales, envisage le pire. Elle briguait depuis longtemps la possibilité d’être diffusée via la TNT, gage d’une meilleure réception et d’une qualité numérique. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) n’a pas accepté son dossier au bénéfice du projet présenté par le groupe Hersant (lire encadré ci-joint). Le conseil avait pourtant promis de privilégier les chaînes existantes, c’est pourquoi, à Nice Télévision, on ne s’attendait pas à une telle mauvaise nouvelle. Son directeur général Hervé Raynaud, n’en revient pas. « L’avenir de Nice télévision est sombre », avoue-t-il. « Notre dossier était complet, nous sommes une des premières chaînes locales et nous sommes même bénéficiaires, ce qui est rare pour une chaîne », explique ce dernier, déçu de ne pas avoir eu le soutien du Maire et à l’époque président du Conseil Général des Alpes Maritimes qui a préféré appuyer la candidature du groupe Hersant.
D’ailleurs, Christian Estrosi a agit d’une manière pour le moins étrange. Il a tout d’abord soutenu la candidature du groupe Hersant. Mais, quelques mois après, dans une lettre adressée au président du CSA, il est revenu sur ses propos et a donné son aval au dossier de Nice Télévision, pour finalement soutenir à nouveau le projet du groupe Hersant.
Pour l’heure le puissant groupe n’a pas encore signé la convention avec le CSA, car il attendrait, selon Hervé Raynaud, l’accord des financements des collectivités locales. « De toute façon si ce n’est pas eux, ça sera un autre groupe tout aussi puissant qui vient de sortir un journal gratuit dans le département », signale-t-il.
Le marché que Nice Télévision avait avec la Ville de Nice arrive à échéance ce week-end. Les lettres envoyées à la mairie sont restées, pour l’instant, sans réponses. « Nous allons vers un plan social », dit, du bout des lèvres, Hervé Raynaud.
Seul espoir pour la chaine, le groupe Hersant aurait proposé d’intégrer l’association à son projet. Dans quelles conditions ? Il est trop tôt pour en savoir. Affaire à suivre.
A quoi ressembleront nos chaînes ?
Cannes TV avait aussi fait les frais des décisions politiques de sa municipalité. La chaîne locale a pendant longtemps vécue grâce aux subventions municipales (de l’ordre de 600.000 euros annuellement) avant que Bernard Brochand, le député-maire de Cannes, ne décide en mars 2003 de privatiser la chaîne, après une tentative infructueuse d’appel d’offres pour une délégation de service public. En 2004, la chaîne, déficitaire, s’éteint définitivement.
Ces dernières années presque toutes les rédactions locales ont aussi disparues. Le constat est amère, c’est de plus en plus à Paris que se fabrique l’info de proximité. « Aujourd’hui, les chaînes font appel à des pigistes qui travaillent pour des boites de production indépendantes et parfois même, dépêchent une équipe venue de Paris directement », constate Alex Chamley, pigiste pour plusieurs chaînes TV. « Dans l’avenir il n’y aura plus que des journalistes parisiens, et une agence de presse, dans chaque région, qui fournira l’ensemble des chaînes de télévision » avance-t-il.
France 3 serait, d’après Alex Chamley, « l’ultime bastion de la proximité », et cela malgré les réductions du volume d’information locale et régionale. Selon certains journalistes cela représenterait plus de la moitié en trois ans, une proportion contestée par France 3 qui met en exergue les documentaires et les magazines du week-end. Ainsi, le constat est très décevant : cinq minutes de décrochage local du Soir 3 et depuis le 5 janvier, le journal local de 18h40 n’est plus rediffusé à 19h57. Cette plage horaire a été remplacée par un nombre incroyable de pubs qui permettront d’engranger des recettes avant 20 heures. En novembre dernier, Patrick de Carolis, président du groupe France Télévision a, d’ailleurs, évoqué la création de Web-télés régionales à partir de ses vingt-quatre bureaux. De l’information régionale juste virtuelle ? Cela démontre bien que la presse audiovisuelle fait face à des difficultés chroniques qui risquent de s’aggraver. Dans les Alpes Maritimes elle se retrouve aujourd’hui plus que jamais fragilisée et son avenir semble, de toute évidence, compromis.
Lidice MOZES-BUSOT
Qui est le groupe Hersant ? Le Groupe Hersant Média (GHM), détenu à 22 % par Philippe Hersant a acquis pour 160 millions d’euros les quotidiens régionaux du sud de la France du groupe Lagardère (La Provence, Nice-Matin, Corse-Matin, Var-Matin et le gratuit Marseille Plus).
Le groupe possède déjà 27 titres de presse d’information locale et d’outre-mer. A quoi s’ajoute le pôle presse gratuite, avec le groupe Comareg éditant les titres ParuVendu, distribué dans 260 villes. Moins connu, le GHM est devenu le premier opérateur français de télévision locale à travers sa filiale Antennes Locales dont il détient 51 % des parts. Chiffre d’affaire 2007 : 926 millions d’euros.