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Accueil du site > L’hebdo en ligne > n°2100 - 21/12/2007 > Dossier de la semaine > OPERATION D’INTERET NATIONAL, PLAINE DU VAR

OPERATION D’INTERET NATIONAL, PLAINE DU VAR

Quels enjeux de développement ?

samedi 22 décembre 2007 / "le Patriote"


Face à l’ampleur de l’enjeu, à la nécessité d’en discuter avec le plus grand nombre de citoyens, et bien entendu d’informer au mieux sur les évolutions de ce dossier, « le Patriote » a organisé une « Table Ronde », permettant d’échanger et de confronter les points de vues.Y ont participé Thierry Bahougne, chargé de la préfiguration du projet, placé sous l’autorité du préfet des Alpes-maritimes, Emile Tornatore, Président de la Communauté des Coteaux d’Azur, Louis Nègre, représentant du Président du conseil Général, Noël Perna, Président de l’Association Région Verte. Patrick Allemand, vice-président de la Région, était excusé, et la Chambre d’agriculture n’a pas donné suite. Quant à la CCI, elle enverra une contribution que nous publierons. La CGT, par la voix d’Alain Duval, représentant de l’UD-CGT au CESR, a envoyé une contribution que nous avons publiée dans « le Patriote » du 14 décembre.

Les enjeux d’une telle OIN…

Sylvette de Lépinay, en quelques mots, pose les termes du débat. Elle relève « l’enjeu stratégique » de cette zone géographique. Au plan économique, quelle diversification et quelles conséquences sur la démographie ? Comment préserver l’agriculture ? Quelle prise en compte de la spécificité du fleuve Var alors que le projet d’agglomération de la CANCA envisage une succession de ponts tous les 2 km ? Quelle politique du logement, alors que la CANCA prévoit de passer de 500 000habitants en 2004 à 540 000, voire 600 000 en 2020 ? Quelle cohérence entre la DTA, le projet d’agglomération de la CANCA, le SCOT et maintenant l’OIN ? Depuis au moins 1999 avec les premiers débats sur la DTA, les experts dénoncent un scénario de développement inacceptable, et qui pourtant perdure. L’expérience de Sophia-Antipolis montre qu’il y a un risque à aller beaucoup plus vite pour le développement économique que pour les aménagements et équipements publics indispensables, tels que le logement social, ou les transports. Cela pose ensuite des problèmes considérables. La question du "phasage" des projets d’aménagement n’est donc pas anodine.

Emile Tornatore

« En préalable je voudrais poser une question : s’agit il seulement d’aménagement ? « Je crains qu’aménager » cela signifie partir d’une situation existante et travailler autour sans changer fondamentalement. Je préfère qu’on parle de développement, ainsi on peut imaginer que ce qui existe peut être changé, voire profondément modifié, qu’on n’est pas enfermé dans la politique des « coups partis » suivie jusque là, sur ce territoire qui nous préoccupe.

Je souhaite un changement qui pourra nous faire sortir de cette démarche des aménagements subis afin de s’engager sur un nouveau projet collectif de développement volontairement cohérent et ancré sur ce qui est vivable pour cet espace et ses habitants. Il conviendra aussi de définir le périmètre de cette OIN, chacun sans doute dira ce qu’il en pense ».

Thierry Bahougne

« Je voudrais simplement rappeler qu’au départ de l’action du gouvernement, il y a une réflexion qui a été conduite par les acteurs locaux aux alentours du mois de septembre 2006. Les acteurs locaux ont énoncé une série de constats tels que vous venez de le faire. Ils ont fait le constat de ce qu’est la plaine du Var, de ce qu’elle pourrait être, et des difficultés qui se profilaient à l’horizon. Difficultés dont ils ont élargi le champ non seulement à la Plaine du Var, mais très rapidement, à l’ensemble de la métropole azuréenne. Et tout le monde était d’accord sur ce point : aujourd’hui, la métropole azuréenne fonctionne sur un modèle économique qui a eu un certain nombre de vertus puisqu’il a amené ce développement que l’on ne peut pas nier, mais qui a généré un certain nombre de difficultés que tout le monde désormais dénonce, et dont une majorité de responsables ont conscience qu’elles risquent d’entraîner très rapidement le déclin de la Côte d’Azur.

Partant de cette réflexion locale, il a été décidé entre les acteurs locaux dont l’Etat local, de monter un dossier pour expliquer les choses au gouvernement à Paris. Et c’est ce qui s’est fait. Suite à une série de travaux (par chance, à ce moment là, un élu local était bien placé au gouvernement pour soutenir cette démarche), le gouvernement a décidé de diligenter une mission d’experts. Ces derniers ont complètement validé ce qui avait été écrit, à savoir que des problèmes de fonctionnement et des problèmes environnementaux risquaient de mettre à mal, dans un délai très rapide, le modèle économique azuréen. Dont, je le signale, les indicateurs étaient et sont au vert ! Sur la base de ce rapport, le gouvernement a décidé de mettre en place une opération d’intérêt national. J’ai été désigné pour en assurer le montage, placé sous l’autorité du préfet.

« Il s’agit donc bien au départ de monter une opération de développement. Pourquoi ? Parce qu’il faut trouver des solutions à des dysfonctionnements pour que le développement de la Côte d’Azur puisse se poursuivre sur un haut niveau. Dès lors, les aménagements à venir - parce qu’il y aura aménagements - devront s’inscrire dans cette démarche de développement. Son fil rouge a été donné très vite par Jean-Louis Borloo lorsqu’il est venu le 22 juin. Il a demandé publiquement que l’on fasse de la plaine du Var un laboratoire expérimental des savoir-faire azuréens et nationaux en matière de développement durable. Autrement dit, en utilisant tous les savoir-faire locaux (et là je fais un lien avec Sophia-Antipolis) dans les opérations que l’on va conduire, pour faire de la plaine du Var un modèle capable de faire la démonstration internationale (puisque nous sommes dans un espace international), de ce que la France veut en matière d’aménagement et de développement durables. La dimension de cette opération devient donc tout à fait particulière. Nous nous inscrivons bien dans une démarche nouvelle. Il ne s’agit pas uniquement de faire des routes, des ponts, des bureaux, mais bien de créer un espace de démonstration, et donc des réalisations de très haut niveau. « Je voudrais également rappeler ce qu’est une opération d’intérêt national. Ce concept est né dès 1983 avec la première phase de la décentralisation. Il né du constat fait par les élus locaux et nationaux qu’il existait sur le territoire quelques zones à enjeux extrêmement forts sur lesquels le mode de gouvernance ancien, centralisé, n’apportait pas les effets escomptés, et pour lesquels le nouveau mode de gouvernance décentralisée n’apportait pas plus de résultats. Il fallait mettre sur ces espaces un système de gouvernance beaucoup plus partenarial entre les collectivités et l’Etat pour arriver à conduire un projet. C’est l’esprit d’une opération d’intérêt national. Il s’agit avant tout d’un projet de développement porté partenarialement par les collectivités, l’ensemble des acteurs locaux et l’Etat ».

Autour du périmètre de l’OIN….

Noël Perna

« Pour ce qui nous concerne à Région Verte, nous sommes favorables à une OIN. Mais lorsque l’on entend tout ce qu’il se dit tous les jours par les politiques de la majorité départementale, on a l’impression que l’OIN ne concerne que la Plaine du Var.

« J’ai reçu cette semaine une association de la région parisienne, et qui a travaillé sur une autre OIN qui concerne là bas deux départements et quarante communes. C’est une opération qui demande un travail considérable. J’ai déjà questionné quelques maires de notre département. Pourquoi ? Parce que notre littoral est saturé. On ne peut plus rien faire. Des qu’on veut faire quelque chose, c’est un problème. Dès qu’il y a une promotion de quoi que ce soit dans n’importe quelle grande surface, Cap 3000 ou autre, tous les axes de circulation sont saturés.

« Autre exemple, nous avons une demande de 7 à 8.000 postes de bateaux dans le département. Pourquoi ces propriétaires de bateaux iraient-ils en Tunisie ou en Italie ? Je pense qu’il y a de la place dans notre département et que nous pouvons les recevoir. Les ports se sont transformés en villes flottantes sans assainissement. Nous avons 33 ports sur 60 kilomètres entre Menton et Théoule-sur-Mer. Si on débarrasse 50 % de bateaux épaves dans nos ports, nous pouvons les recevoir.

« En ce qui concerne les OIN, j’ai questionné quelques maires du moyen pays et en premier lieu le premier vice président de Région Verte. « Que penses-tu des OIN, et jusqu’où on peut aller ? »

« Il m’a répondu qu’on peut aller jusqu’à Villars-sur-Var, voire Puget-Théniers, dans l’arrière pays… Et j’ai questionné quelques maires du moyen pays sur l’aménagement. Certains maires ne veulent plus rien. Et moi-même en commission départementale, je me prononce à chaque fois qu’il y a des projets, même sur un site classé, de faciliter les aménagements voire même les agrandissements, mais pas à n’importe quelles conditions. Je pense que dans le moyen pays, il faut privilégier les projets qui veulent intégrer quelque chose au bâti existant et le valoriser, préserver et protéger. Par exemple le maire de Saint-Blaise a présenté un projet collinaire, avec de nouvelles constructions sur toutes les collines. Je ne me suis pas battu pour que le projet ne se fasse pas… Mais si le maire de Saint-Blaise avait donné d’autres arguments pour le développement de la commune, j’aurais pu voir les choses autrement. « Les moyens modernes dont nous disposons aujourd’hui permettent de faire quelque chose dans le moyen pays. Nous avons une position souple mais nous souhaitons que ce qu’il reste de terres agricoles sur l’ensemble du département, et tout particulièrement sur la vallée du Var, soit préservé. Si l’on doit faire quelque chose, c’est en construisant sur le bâti existant, et non pas en urbanisant ce qu’il reste de terrains agricoles ».

Louis Nègre

« Je voudrais revenir aux fondamentaux c’est-à-dire aux rapports d’experts, du 16 Février 2007 qui ont anticipé l’arrivée du préfigurateur, que disent-ils ? La métropole azuréenne bénéficie d’atouts extraordinaires, mais elle souffre aussi de plusieurs handicaps sérieux qui contribuent à ralentir sa croissance et limiter son attractivité et sa compétitivité. Et qui pourraient, demain, s’ils ne sont pas surmontés entraîner un déclin insurmontable de la métropole azuréenne.

« En résumé 2500 hectares situés au cœur des la première région touristique de France après Paris, la France étant elle- même la première région touristique du monde : il s’agit donc d’un enjeu national évident.

Pour assurer la convergence des grands équipements en projet, la plaine du Var est le seul espace possible d’extension urbaine à l’échelle d’une métropole coincée entre mer et montagne. Les experts démontrent que la maîtrise d’ensemble nécessaire pour conduire à un aménagement cohérent est dans l’état actuel des textes et des institutions, difficile à assurer, malgré l’intercommunalité, malgré la DTA. Donc la vocation structurante de la plaine du var, à l’échelle métropolitaine, et on peut rajouter à l’échelle PACA voire nationale, justifie que l’on envisage de donner à la plaine du Var un statut d’intérêt national.

Le président du Conseil général 06, Chritian Estrosi a pris la mesure des enjeux et il a une vision d’avenir et de long terme. Pour lui, les Alpes-Maritimes sont un laboratoire de ce que l’on doit faire. Il y a un énorme enjeu, il s’agit donc d’aménagement et de développement, et je rejoins Emile Tornatorre ; il ne s’agit pas simplement de « recoudre un peu à droite, un peu à gauche pour que ça tienne la route », non, il s’agit d’aménager un territoire qui a encore beaucoup de potentiel avec une vision de développement et d’un développement particulier. On veut faire du laboratoire de la plaine du Var un laboratoire du développement durable, dans lequel l’économie sera l’économie du XXIe siècle. La Côte d’Azur étant positionnée comme un territoire d’avenir… Si l’on compare avec les autres métropoles, il n’y a pas le même type d’enjeu que Marseille, Gênes ou Barcelone, car la notoriété locale des Alpes-Maritimes est unique au monde, donc on peut avoir ici un produit exemplaire quasiment de niveau mondial ! Voilà la position du CG 06 »

Le rôle de l’Etat et les délais de mise en place……

Emile Tornatore

« Je comprends la présentation faite par M. Bahougne, je la nuancerais en insistant sur la tentative de l’Etat de réintroduire au travers de l’OIN un « arbitrage national » pour équilibrer les lois de décentralisations. Je suis d’accord, l’intérêt national et international de cet espace est avéré car il abrite :

- Le deuxième aéroport français, d’envergure internationale,

- L’autoroute A8 dont le trafic supporte énormément de flux internationaux-(certains ont même voulu une A8 bis- pour absorber ces trafics),

- Des espaces sportifs avec compétitions internationales,

- Le Nikaïa comme un lieu de la culture,

- Un espace économique international encore avec la zone économique de Carros-Le Broc,

- Enfin pôle touristique majeur.

Oui il faut traiter cet espace avec beaucoup de soins.

Je veux rappeler ici les interventions de Mario Papi parlant en notre nom lors du Schéma Départemental d’Aménagement et d’Urbanisme, il y a vingt ans, ou lors des débats sur la DTA en 1995.

Il précisait : « Ce qui attire aujourd’hui dans notre territoire les activités et les touristes peut demain les repousser si on ne prend pas en compte les risques d’aménagements qui détruiraient son harmonie »… On lit aujourd’hui, avec beaucoup de retard, ce même constat sous la plume des « experts »…

Il existe une situation de « stress » du territoire… Déstresser ce territoire pose les problèmes du mode de développement futur, il ne peut qu’être très équilibré.

Mais, l’OIN pose également des problèmes de « rythme » et de « gouvernance ».

Début 2008, on va demander aux collectivités de se prononcer sur cette opération sans le temps nécessaire pour en maîtriser les tenants et les aboutissants, ni le temps d’y associer les populations et les associations.

On réfléchira ensuite à la question de la gouvernance de cette opération, un nouvel « Etablissement public industriel et commercial » doit être créé, on demande aux collectivités d’y entrer sans que le projet soit suffisamment connu et clarifié. C’est une coopération d’un nouveau type. Les élus aussi bien que les populations n’ont pas la culture de ce type de structure de travail.

Je sais les difficultés rencontrées lors de la mise en place des communautés de communes et d’agglomération, j’imagine les problèmes que nous allons rencontrer là.

De plus les finances locales risquent d’être engagées plus que celles de l’Etat ».

Louis Nègre

« Je veux réagir parce que je n’ai pas cette perception en tant que représentant du conseil général. Quand vous parlez de crainte, au contraire je dis « il était temps ça fait des décennies que l’on attend, que l’on partage ce diagnostic et aujourd’hui on est sorti de l’ornière, nous avons un président du Conseil général, ministre, qui entraîne un dynamisme extraordinaire », ça nous permet d’aller de l’avant vers « une gouvernance » cohérente du département, au niveau national et international. Moi je n’ai pas peur, au contraire, que l’Etat s’en mêle, car il anticipe, et je fais confiance à tous ceux qui sont autour de la table parce que ce que j’ai cru comprendre, premièrement c’est que les élus locaux seraient majoritaires autour de la table, ce n’est pas rien ! et que deuxièmement, ce serait un élu local qui présiderait cet EPIC.

Troisièmement, que le droit des sols continuerait de passer par les communes même si le préfet sera responsable du droit des sols pour les permis de construire…

Nous avons donc un certain nombre de garanties avec un projet ambitieux à la hauteur de ce que l’on peut attendre pour la côte d’Azur »

Noël Perna

« Notre association s’est battue contre le projet IKEA sur Mougins et Mouans-Sartoux. Le maire de Gillette a lancé l’idée de créer un IKEA dans l’Estéron, sur un terrain qui n’est pas un terrain agricole. Nous avons donné un avis favorable à un éventuel projet. Nous sommes donc favorables à de grands dossiers, mais quand tout est fait dans le bon sens.

« Or, si l’on veut vraiment faire quelque chose, c’est restructurer le département en matière routière. Nous avons supprimé certains points noirs dans nos axes routiers, mais il reste du travail qui pourrait être réalisé en commun accord avec l’ensemble de mairies des moyen et haut pays. Mais ce qu’il ne faut surtout pas négliger, c’est le travail et la production de nos terres agricoles. Je sortirais même des gens de prison pour travailler nos terres !

« J’aborde également la question du fleuve du Var, dont je veux souligner l’importance. Le fleuve est en pleine évolution, et il n’a jamais été traité d’une façon sérieuse. On a fait une succession de bêtises, et il ne faudrait pas continuer.

« De mon point de vue, il faut avant tout étudier le lit du var. Dans le Mississipi par exemple, le fleuve a été aménagé, et nous avons vu ce qu’il s’est passé. Les évolutions sont lentes mais les catastrophes peuvent arriver.

« Le Var à Saint-Isidore est large de 350 m entre les deux digues, alors qu’à la sortie de l’aéroport il ne mesure plus que 175 m. Où est la logique ? Ça veut dire que nous avons fait n’importe quoi ! « Avant de réaliser tous ces grands projets, il faut prendre toutes les précautions pour éviter des catastrophes ».

Après échanges divers sur le fleuve…. Thierry Bahougne

« Si vous le permettez, je répondrai tout de suite à ce point. J’ai organisé une réunion la semaine dernière à laquelle ont participé une cinquantaine de personnes responsables de collectivités et autres, sur le thème de la gestion des espaces, des ressources naturelles et des risques. Ce qui m’a frappé, c’est que la question du fleuve n’a pratiquement pas été abordée. Elle est considérée comme un sujet traité à travers le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE). Je reviens sur le contenu de ma lettre de mission dans laquelle, j’insiste sur ce point, on ne peut pas aménager sans penser au fleuve.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes dans une vallée fluviale, et ce fleuve présente un certain nombre de caractéristiques qu’il a déjà démontrées. Il est dangereux, mais nourricier puisqu’il alimente 600.000 personnes en eau potable. On ne pourra donc pas aménager cet espace sans poser les questions de gestion du fleuve. Un certain nombre de questions sont posées et tous les acteurs concernés sont en train d’élaborer les réponses indispensables.

La maîtrise du foncier…

Emile Tornatore

« A propos du fleuve, rappelons qu’il représente la deuxième nappe phréatique de France. Le schéma d’aménagement et de gestion de l’eau et la commission locale de l’eau ont bien travaillé, défini des préconisations importantes, et établi un calendrier, l’OIN devra en tenir compte.

A propos d’IKEA, c’est une opportunité pour « reprendre la main » sur le développement de la plaine du Var. Je n’ai rien contre les espaces commerciaux, mais ce n’est pas la bonne méthode de vouloir imposer un tel projet sans au préalable une vision d’ensemble.

Il y a une question essentielle dont on n’a pas encore parlée, c’est celle du foncier, et du coût du foncier. Il faut donner à l’OIN des objectifs de maîtrise des coûts du foncier sur ce périmètre géographique. A la fois sur le plateau de la plaine du var, mais aussi sur les coteaux, qui présentent des enjeux en terme d’écologie, de logement, d’agriculture. Il faut donc se donner des objectifs prioritaires dans ce domaine. »

Louis Nègre

« Un mot sur notre réunion à la préfecture en présence du président du Conseil général.

Ch. Estrosi a bien dit à la fin de la réunion qu’un des problèmes sur cette OIN est le prix du foncier… Moi je dis toujours que les élus ne peuvent pas faire de l’aménagement du territoire ou d’une commune s’ils n’ont pas une certaine maîtrise du foncier. A quoi servent les SCOT, les PLU ?….à avoir quelque part la main sur ce qui va se développer par la maîtrise du foncier. »

Thierry Bahougne

« Je vais revenir sur un certain nombre de points. Premièrement, sur la question de l’ambition et de la taille du projet. Le rapport d’experts, comme l’a souligné M. Nègre, est vraiment un rapport sur l’aménagement. Lorsque le gouvernement l’a reçu, il a regardé la dimension aménagement, mais s’est aussi posé quelques questions complémentaires. Il a été ainsi amené à me confier ainsi qu’au préfet une lettre de mission plus large, avec une connotation « développement économique » très forte. Il m’a été demandé de tenir compte des problématiques environnementales et paysagères. J’ai donc cherché à comprendre comment s’était bâti le modèle de développement économique azuréen. J’en suis arrivé à une conclusion, qui peut paraître simpliste, selon laquelle le modèle économique azuréen est le fruit d’une série de rencontres. Entre des élites, politiques, culturelles, puis scientifiques, avec un espace naturel d’exception. Le fruit de ces rencontres, c’est le développement d’une économie basée sur le haut niveau de qualité, au départ dans le domaine du tourisme et de l’accueil, et ensuite en matière scientifique.

« Il me semblait donc intéressant de poursuivre et de proposer un schéma de développement qui parte de ces acquis. Sur le département, il existe neuf pôles de compétitivité dont un de niveau mondial. Quatre ou cinq de ces pôles travaillent sur des problématiques environnementales. Aujourd’hui, dans cette région, sont réfléchis et inventés les nouveaux outils qui serviront demain aux décideurs quels qu’ils soient dans les défis environnementaux auxquels ils seront confrontés. Le concept de développement que j’ai été amené à proposer repose donc là-dessus. Vous parliez de développer l’emploi local… je constate que les innovation développées ici doivent faire trois fois le tour du monde avant de revenir trouver une application dans une entreprise locale. Dés lors je propose d’organiser des circuits courts de transferts de technologie et de formation jusqu’au plus petit niveau ! Jusqu’à l’entreprise artisanale qui sera ainsi capable de maîtriser ces nouveaux savoir-faire indispensables pour répondre aux nouvelles demandes des marchés et bénéficier ainsi d’un avantage certain de compétitivité..

« Je rappellerai aussi en terme de démographie, que selon des chiffres récents, la Côte d’Azur gagne en moyenne 9.000 habitants par an. Dans la tranche des 30-50 ans, c’est-à-dire des actifs. Cette croissance démographique n’est pas prête à marquer le pas, c’est-à-dire que d’ici 30 à 35 ans, la Côte d’Azur pourrait compter 300.000 habitants de plus.

Vous connaissez mieux que moi cet espace : regardez le potentiel d’accueil de la Plaine du Var. Elle n’a jamais été considérée comme un cœur de métropole, mais comme la frange de pays, de villes dans laquelle on a déversé tout ce que l’on ne voulait pas. Le grand défi, c’est de faire de cet espace inorganisé, le cœur d’une métropole au rang mondial ! Pourquoi mondial ? Comme l’a souligné M. Nègre, l’aéroport est le deuxième aéroport international de France, et si vous regardez « Nice-Matin », vous y verrez à longueur d’année la liste des décideurs et des grands responsables de cette planète en villégiature ici. Ça veut dire qu’il y a un attrait particulier pour cet espace qu’il serait inadmissible de ne pas en tirer le meilleur parti.

« Je me suis posé la question de la concurrence entre les métropoles européennes du bassin de la méditerranée. Gênes et Marseille sont de grosses métropoles méditerranéennes, collées à l’histoire de la Méditerranée, vivant de la Méditerranée. Barcelone est une grande métropole européenne, mais elle est ibérique et catalane. Le seul espace sur cet arc méditerranéen qui soit véritablement de niveau mondial, c’est la Côte d’Azur. Une métropole de 1 million 100.000 habitants dans un bassin de 3 millions 500.000, dont le cœur est la plaine du Var. Il s’agit donc de transformer cette plaine du Var, pour une part, en cœur de métropole.

« J’en viens à la question du périmètre. Les experts envisageaient les 2500 hectares du lit majeur… J’ai proposé un périmètre beaucoup plus vaste qui inclut les coteaux jusqu’à leur sommet, parce que je ne sais pas conduire une opération à dominante environnementale et paysagère dans le lit d’un fleuve, sans envisager plus largement une partie de son bassin versant. Sachant, comme l’a souligné M. Tornatore, que ces coteaux ont une véritable valeur. Une valeur paysagère, mais aussi une valeur économique beaucoup plus directe, que ce soit au titre de l’agriculture, ou même du logement et des activités. En ce qui concerne les terres agricoles et le problème du foncier en général, j’ai longuement rencontré les responsables agricoles. Et je leur ai proposé d’aborder en priorité la question agricole sous l’angle de la production économique plutôt que sous l’aspect foncier qui doit être considéré comme une résultant de la première réflexion.. Quel produit ? Quelle commercialisation ? Quelles surfaces nécessaires aujourd’hui et demain pour cultiver ?… Nous sommes dans un système paradoxal, où des propriétaires de terres agricoles, attachés à la pérennité de l’agriculture dans la Plaine du Var, organisent eux mêmes la déprise foncière agricole. Je note aussi que à l’instar de ce qui se fait autour de Gattières en relation avec les représentants de la profession, l’intervention publique permet de maintenir l’agriculture, à la condition que l’on sache ce que l’on veut produire, pour qui l’on veut produire, et qui va produire… A ce jour, je crois qu’on ne se bousculait pas pour venir cultiver. En revanche l’agriculture ici a une chance extraordinaire. Il y a un million 100.000 habitants dont on considère que leur potentiel économique est un peu supérieur à la moyenne, et qui sont tout à fait capables d’acheter des produits de qualité. Il existe une possibilité d’organisation de circuits économiques courts, qui permettront à l’agriculteur de vivre directement de sa production.

« Tout ça, ce n’est pas l’OIN qui le réalisera. Ce sont les acteurs en tant que porteurs d’un projet de société qui l’organiseront eux-mêmes.

« La question du foncier, est un vrai sujet stratégique. Il faudra des interventions publiques plus massives, ce que permet déjà le code de l’urbanisme. Par chance, il existe déjà un établissement public foncier régional, qui dispose de moyens et connaît bien la Plaine du Var, prêt à intervenir. Il faudra aussi se poser un certain nombre de questions. Je les ai posées au Trésorier Payeur Général, parce qu’il a la responsabilité du service des domaines. Il faudra en effet s’interroger sur les conditions d’évaluation du foncier en fonction de sa destination. On ne pourra pas continuer à estimer du foncier pour réaliser du logement social au prix du foncier pour réaliser un palace !

« En matière de transports, comme l’a souligné M. Tornatore, il y a un vrai problème. Un problème de nuisances notamment, qui m’a amené à regarder le mode de fonctionnement des différents flux à l’intérieur de la Plaine, et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il faudrait peut-être interdire le transit du fret routier sur la Côte d’Azur. Comment ? On ne remplacera pas ce transit par le train, qui est déjà saturé. Par contre on a la chance d’avoir des grands ports qui permettent d’effectuer les transports par mer sur l’arc méditerranéen. Un contournement maritime de la Côte d’Azur permettrait de soulager les axes de transports.

« Quant à la rapidité, le calendrier est contraignant. Les risques, liés notamment à la dégradation de la situation et au contexte international, sont forts et à court terme. Dans les quatre ans à venir… Il est donc nécessaire de mettre rapidement en place les outils qui vont permettre de travailler en partenariat. Le projet, j’en conviens, reste à monter, mais ce sera plus rapide si l’outil existe déjà et qu’il réunit tous les acteurs. Le travail que j’effectue à l’heure actuelle en relation avec les services de l’Etat, les collectivités concernées ainsi que les acteurs sociaux-économiques, consiste à poser ces bases de réflexion. Le projet lui-même ne se réalisera pas en 5 ou 6 ans. J’ai même écrit 30 ans… Et je m’interdis de dessiner aujourd’hui ce que sera la plaine du Var dans 30 ans. En revanche nous pouvons, en partenariat avec tous les acteurs, poser des principes d’action auxquels nous nous tiendrons. Ces principes, nous les écrirons, nous les traduirons rapidement dans des documents qui ont une vraie force juridique, les documents de programmation et d’orientation mais aussi les PLU. Nous pouvons également imaginer la rédaction d’une Charte de développement qui se traduise directement dans les décisions des communes, puisqu’elles restent un acteur essentiel ».

Noël Perna

« Nous insistons sur le fait qu’il faut protéger et valoriser nos collines et au fur et à mesure créer de logements sociaux. (Ex zone industrielle de Vitrolles) Il faudrait ne pas reproduire l’exemple de Sophia-Antipolis où l’on a créé un espace pour 7 et 10 mille travailleurs… mais sans les logements et les infrastructures nécessaires ! Ce n’est qu’après qu’on a fait construire une autoroute pour y accéder. Il faut que derrière tous ces projets il y ait un suivit et un contrôle pour éviter ce genre de problèmes ».

Les enjeux financiers……….

Emile Tornatore

« L’agriculture locale développe des produits de qualité reconnue, ses problèmes essentiels sont : problème de foncier et la question de la vente des produits. Il existe des agriculteurs qui sont prêt à s’installer. On ne peut pas se contenter de la seule intervention de la Safer sur le foncier agricole.

Les collectivités doivent intervenir, à la fois pour aider les agriculteurs résoudre le problème du foncier, mais aussi pour faciliter les « circuits courts » de commercialisation des produits.

Je voudrais également poser une autre question : celle du financement de l’OIN et de ses projets.

Les impôts locaux n’y suffiront pas et comme nous avons peu à espérer de l’Etat, nous devrons aussi chercher des fonds ailleurs et nous serons contraints de financer des infrastructures en faisant payer ceux qui vont en bénéficier directement. »

Thierry Bahougne

« L’objectif est de mettre en place un projet extrêmement novateur. Parmi tous les projets d’OIN en France, c’est le seul qui présente toutes ces caractéristiques. Il m’a été demandé de proposer des solutions innovantes, y compris en matière financière. Il est hors de question que les collectivités publiques supportent tous les coûts d’aménagements, et que des opérateurs privés encaissent toutes les plus-values. Il y aura donc forcément un partage des responsabilités, et de l’ingénierie financière à mettre en oeuvre ».

Conclusions…..

Louis Nègre

« A mon tour de conclure, eh bien ce que souhaite le président du Conseil général, et qu’il est allé chercher à Paris, c’est ce label qui va nous permettre de bénéficier de soutiens de l’Etat. Nous n’y voyons pas une contrainte mais au contraire une reconnaissance puisque une OIN, c’est un cas d’espèce, il y en 5 ou 6 en France, et pour une fois que Paris s’occupe de la Côte d’Azur, nous pouvons en être fiers.

Deuxièmement, il y a une vision d’avenir incontestable, j’ai parlé de « nouvelles frontières », « de laboratoire de l’avenir et du futur » à travers l’axe du développement durable, qui n’est pas n’importe quel axe. Ch. Estrosi souhaite faire du département un département Vert, c’est-à-dire la protection également des paysages, en particulier dans la Plaine du Var. Il ne s’agit pas d’aménager et de développer en oubliant ce qui fait la Côte d’Azur. Au contraire, il s’agit d’un développement exemplaire, le CG06 a une politique active en matière de développement durable et notamment en matière de logement, d’architecture. Il souhaite faire appel aux plus grands architectes mondiaux pour faire en sorte que la plaine du Var se distingue aussi par sa qualité, le mot étant essentiel de la démarche intellectuelle du CG06. Avec un accompagnement du bâti qui soit de haute qualité environnementale, il n’est pas question de s’étaler et de gaspiller cette ressource qui est particulièrement rare, le foncier. Thierry Bahougne nous a rappelé le PFR, la Safer, nous sommes prêts à examiner ce problème de manière exemplaire et à nous employer à trouver des solutions qui permettront de résoudre le problème du foncier, fondamental pour l’avenir de ce projet. »

Emile Tornatorre

« La communauté des communes des Coteaux d’Azur est au cœur de la problématique de cet espace, pas seulement du point de vue de son territoire, mais aussi par rapport à ce qu’elle a fait depuis sa création. Ainsi sur le plan des déchets, nous allons accueillir la première unité de traitement des déchets originale, initiative saluée par tous.

Il en est de même de notre action pour faire prendre en compte le danger que représente le fleuve Var en même temps sa richesse en terme de ressource. Nous avons eu la satisfaction de voir le SAGE décider du recépage des seuils pour faciliter l’écoulement du fleuve et préconiser une attention particulière pour les nappes phréatiques. Nous avons réalisé tout cela avec une volonté de coopération avec tous les partenaires, on ne peut imaginer une politique de développement sans un vaste débat démocratique. Coopération, dialogue, solidarité sur ces bases nous sommes en train de réaliser un plan d’urbanisme intercommunal à l’élaboration duquel nous avons impliqué le tissu associatif. Enfin plus largement, nous demandons une démarche solidaire, impliquant l’ensemble du département, et notamment les deux pôles Sophia et la plaine du Var.

L’OIN peut être l’occasion d’un développement avec une conception humaniste et démocratique.

Thierry Bahougne

« Il m’a été demandé de mettre en place un dispositif de gouvernance partenariale. C’est dans cette perspective que je travaille depuis le début. Le lien avec Sophia-Antipolis est également inscrit dans ma lettre de mission. C’est en cela que cette dernière va au-delà d’une simple opération d’aménagement, puisque le lien physique à créer entre Sophia et la plaine du Var est compliqué. En revanche, le lien fonctionnel qui fait que la plaine du Var peut servir très vite d’espace de démonstration des savoir-faire qui sont produits sur Sophia, est quelque chose d’essentiel. Nous avons la capacité de le réaliser rapidement et de valoriser ce potentiel qui est avant tout un potentiel humain. Il existe encore sur la Côte d’Azur une capacité de développement et d’emploi extrêmement importante. La Côte d’Azur renvoie souvent une image de richesse. Raison de plus pour la conforter. J’ai souvent rencontré des territoires beaucoup plus en difficulté, et qui finissent par porter leur image comme un fardeau. Il existe des difficultés ici, utilisons les pour en faire des atouts. »


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