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mercredi 18 juin 2008 / "le Patriote"
Lors d’une conférence tenue à l’initiative de l’association « Les Amis de le Liberté » il y a quelques semaines, Michel Rainelli, professeur d’économie à l’Université de Nice-Sophia-Antipolis a traité à la fois de l’histoire, des formes et des contradictions de la mondialisation capitaliste. Ce qui permis de mettre en débat à la fois les caractéristiques actuelles de cette mondialisation et ses différences avec les périodes précédentes. De pointer aussi un autre enjeu : Face aux crises actuelles, cette mondialisation n’appelle t elle qu’une meilleure « régulation » de ses mécanismes ? Ou bien pose t elle la question du dépassement du capitalisme ?
Une histoire
Si depuis 1980-1990 on reparle beaucoup de « mondialisation capitaliste », l’un des intérêts de la conférence de Michel Rainelli a été de montrer que ce n’était pas un phénomène nouveau. Sans remonter toute l’histoire de l’internationalisation des échanges économiques, il montra comment les décennies de la fin du 19ème siècle et précédant la Première Guerre mondiale avait été marquées par une explosion d’une première mondialisation, principalement commerciale, mais également financière. Et aussi, bien sur, dominée par la colonisation, et aussi des migrations importantes notamment de l’Europe vers les USA.
Marquée par l’absence à l’époque d’institutions internationales, cette première mondialisation élargit à la fois la place des échanges de marchandises, mais aussi des exportations de capitaux et des placements internationaux, pensons par exemple aux fameux emprunts russes. Elle aiguise également les nationalismes et les contradictions entre Etats. La part prise par les exportations dans la production mondiale est une bonne mesure de l’importance prise par cette première mondialisation. Elle donne naissance à des analyses et des critiques de « l’impérialisme »
Comme le souligna Michel Rainelli, après deux guerres mondiales, et les crises et contractions des échanges nées de la crise des années trente, il faudra attendre la fin des années 1970 pour retrouver une part comparable des exportations dans la production mondiale.
La mondialisation d’aujourd’hui
Les caractéristiques de cette « deuxième mondialisation » lui donnent une ampleur quantitative et qualitative différente. Son histoire est également marquée notamment par la mise en place d’institutions et de négociations internationales prétendant la réguler tout en la généralisant. (FMI, traité et négociations du GATT puis de l’OMC,…..). Les progrès de la technologie, des moyens de transports et de communication, transformant le monde en « village planétaire », où par exemple les marchés financiers, (mais donc aussi les marchés spéculatifs comme les marchés à terme sur les matières premières par exemple), sont à la fois interconnectés et toujours « ouverts » quelque part dans le monde, 24 heures sur 24.
Parmi les caractéristiques mis en évidence par Michel Rainelli : la baisse des droits de douanes, le développement du fret international, (y compris par avion, par exemple pour les fleurs) ; l’expansion du commerce international des services, une externalisation des activités des firmes qui touchent les activités qualifiées de services et pas seulement l’industrie manufacturière ; l’émergence de nouveaux acteurs économiques majeurs, Chine, Inde,… L’interdépendance de ces différents acteurs aussi, par exemple entre les USA et la Chine : les USA étant un « débouché » pour l’industrie chinoise ; et les excédents chinois représentant une source d’épargne qui s’investit dans les Bons du Trésor américains. Une nouvelle Division Internationale du Travail émerge par expansion de la marchandisation, le développement du commerce international intra-firme, et des firmes nomades.
De nouvelles contradictions
Si dans un premier temps cette mondialisation a entraîné des baisses de prix (notamment dans des secteurs comme le textile, certains bien alimentaires et industriels, …) ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans les pays développés, elle s’est accompagnée d’une pression à la baisse du coût du travail et de la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée. Elle débouche aujourd’hui sur des contradictions aiguisées que les instances de régulation internationales peinent à maîtriser.
Ainsi de la place des marchés financiers, dont le volume des transactions n’a plus rien à voir avec les flux de l’économie réelle. Leurs mécanismes de plus en plus sophistiqués, génèrent des crises qui sont contagieuses pour l’économie réelle. On le voit aujourd’hui dans les mécanismes de spéculation sur les marchés des matières premières ou bien les conséquences de la crise bancaire sur l’immobilier.
Mais également les crises écologiques, le réchauffement climatique, la crise alimentaire, la crise énergétique, (Va-t-on pouvoir continuer de trouver « logique » des importations massives de fleurs par avion, qui domine aujourd’hui le marché de la fleur coupée dans un pays comme la France ?), ou les exacerbations des concurrences sociales et fiscales entre pays.
Discussion et perspectives
La discussion qui a suivi l’exposé, a abordé plusieurs thèmes. Parfois explicatifs sur certains mécanismes actuels de la crise financière. Parfois interrogatifs sur la notion de « marché de droits à polluer » comme outil pertinent pour faire face à la crise écologique. Ou critiques face aux risques de conflits militaires pour « réguler » certains conflits.
Au-delà de l’opposition traditionnelle entre « libre échange » et « protectionnisme », la mondialisation d’aujourd’hui ne met-elle pas à jour les limites du marché et de la concurrence, guidés par la recherche de la rentabilité financière, pour organiser les relations internationales ? L’opposition ne devient elle pas celle entre la « concurrence » et la « coopération » comme « référent » pour concevoir les relations économiques ? Surtout à l’heure ou une révolution informationnelle ouvrent des perspectives inédites d’échanges.
Un seul monde à transformer
Cette conférence stimulante appelle des développements dans un temps où le monde et l’Europe sont devenus des espaces incontournables de la réflexion et de l’action politique. En même temps que les nations s’affirment comme des espaces durables, et parfois émergents, des relations internationales.
La pensée unique libérale a voulu à la fois imposer une vision supranationale, et anglo-saxone de la « fin de l’histoire ». Elle se heurte à des résistances et à des déconvenues fortes. A la fois en Amérique Latine, mais aussi en Europe, (voir le référendum irlandais, après ceux de France ou des Pays Bas).
Loin d’avoir « peur » de la mondialisation, les forces d’émancipation et de transformation sociale doivent affronter les défis de l’unicité du monde, l’investir et se l’approprier. Le capitalisme cherchera toujours des « solutions » pour se perpétuer et se renouveler dans des dominations élargies voire exacerbées. La conscience d’une même planète et d’un même genre humain peut solidariser, du local au mondial, les peuples face à des contradictions et des dominations qui deviennent insupportables. Non seulement par les violences et les inégalités qu’elles génèrent, mais aussi par les potentialités qu’elles gâchent.
Nul doute que l’association des Amis de la Liberté aura l’ambition d’Education Populaire d’aborder ce versant de l’alternative à la mondialisation capitaliste dans de prochaines conférences.
Jean Paul Duparc
A noter, la prochaine conférence-débat organisée par les Amis de la Liberté aura lieu Vendredi 20 Juin, à 18h30. Elle sera faite par Jean Louis Heudier, Astronome et aura pour thème « Des astrologues de l’antiquité aux découvertes d’aujourd’hui ». Villa Arson, 20 avenue Stephen Liegard, 06100 Nice, (face à l’UIFM).
Par ailleurs, l’association tiendra un stand à la fête du château des 5 et 6 juillet, et organisera un débat le samedi 5 juillet à 18h30 sur « Mai 68, tourner la page ou en écrire de nouvelles » dans le prolongement du numéro spécial, conçu par l’association et édité par Le Patriote, « Mai 1968 ».