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samedi 2 août 2008, par Régis Mezzasalma / "le Patriote"
Le relais de la flamme n’a jamais suscité autant de critiques. L’activisme et les incidents sur son parcours, et le choix de faire passer celui-ci au Tibet, ont failli provoquer son annulation pure et simple. Une première depuis son instauration à l’occasion des jeux de 1936 !
Pourtant en avril 2001, Liu Jingmin, vice-président du Comité de candidature Pékin 2008, affirmait : « En confiant à Pékin l’organisation des Jeux, vous contribuerez au développement des droits humains. » Depuis, ces derniers restent tabous en Chine, au point de ne plus être une valeur affirmée de l’olympisme. Le CIO de son côté manie la langue de bois par Jacques Rogge son président pour qui « les Chinois, n’ont jamais promis une libéralisation complète mais que l’organisation des Jeux (…) serait une possibilité d’ouvrir la Chine au monde. »
Evoquer les droits de l’Homme en Chine demeure délicat. Comme il n’est pas concevable qu’une démocratie occidentale intime à ses ressortissants de se taire, il faut garantir aux athlètes français leur liberté d’expression, du moins face aux médias. Car la Charte Olympique est stricte : « aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un site olympique ». Le CIO saura sûrement se montrer aussi ferme si un sportif se signe à son entrée sur un stade, ou remercie le ciel de sa victoire, que dans l’hypothèse où un geste comparable à celui des sprinters américains en 1968 se produise. Afin d’éviter tout écart de verbiage durant les jeux, une solution alternative avait été trouvée avec l’idée du badge « Pour un monde meilleur ». Une phrase lourde de sens politique, digne de l’île aux enfants. Bien que ce slogan soit extrait de la Charte, il semble encore trop polémique pour Henri Sérandour et le CIO qui voudraient que les sportifs de toutes les nationalités portent le même message.
La responsabilité du CIO justement est mise en question, par Bernard Amsalem qui a rappelé que lors de l’attribution des Jeux, « il a été question des droits de l’Homme, mais le CIO n’a jamais rappelé à la Chine ses engagements dans ce domaine. » Le nœud du problème a été soulevé lors du débat sur la participation aux Jeux par Jean-Luc Rougé, président de la Fédération Française de judo pour qui il est anormal que « sur un problème de politique générale, (on prenne) en otage des sportifs (...) alors que patrons, médias et politiques continuent à se rendre en Chine parce qu’il y a beaucoup d’argent à gagner. » Voici donc le cœur de l’affaire évoqué : l’argent.
Les responsables économiques européens à Pékin mettent en garde contre toute forme de boycott, la censure en place ne permettant, selon eux, au peuple chinois de ne disposer que de très peu d’information sur la situation au Tibet. Ils avertissent d’ailleurs que tout pays n’allant pas dans ce sens s’exposerait à des « problèmes de longue durée » avec Pékin. Pour Kai Grueber, porte-parole de VW (leader du marché en Chine et sponsor officiel des Jeux) « C’est le travail des responsables politiques et des diplomates de trouver des solutions aux problèmes politiques. »
En politique étrangère, le silence est d’or, surtout quand de l’argent est en jeu. Mais comme l’opinion publique demande des comptes il convient de faire croire à celle-ci que l’on entend rester ferme. C’est pourquoi le gouvernement français se complait dans une certaine cacophonie, chacun y allant de ses commentaires plus ou moins contradictoires, Nicolas Sarkozy jouant les chef d’orchestre. Il gagne ainsi du temps afin sans doute de peaufiner ses différents argumentaires, sa participation à la cérémonie d’ouverture comptant double : au nom de la France mais aussi au nom de l’UE dont il assurera la présidence. Si certains pays membres optent pour ne pas y aller, les enjeux économiques les amèneront sans doute à revoir leur position. Le système économique dominant ne permet plus d’adopter des lignes de principes, les forces financières dominant la politique planétaire. Compte tenu du poids de la Chine dans l’économie mondiale, aucun gouvernant ne se risquera à faire sauter la banque, comme le montre bien l’attitude des responsables du monde olympique sous la pression des sponsors.
Régis Mezzasalma Le 18 Avril 08