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jeudi 7 août 2008 / "le Patriote"
Conséquence, le 27 juin dernier, Michèle Alliot-Marie a signé un décret pour la création d’un fichier dénommé « Edvige » (« Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale »). Ainsi, le fichage systématique des élus, syndicalistes et religieux de tout poil, à l’usage de la DCRI, est mis en place. La création de ce fichier, qui mêle citoyens ordinaires et responsables politiques, provoque une mobilisation sans précédent. Plus de 27.000 personnes et 245 associations ont d’ores et déjà signé la pétition pour l’abandon du fichier*. Après les recours déposés devant le Conseil d’Etat par un collectif d’associations et de syndicats (Ligue des droits de l’homme, Amnesty International, le syndicat de la Magistrature, IRIS (Imaginons un Réseau Internet Solidaire) CGT, FSU, FO, CFDT) afin d’obtenir l’annulation de ce fichier, plusieurs personnalités politiques se saisissent de l’affaire, un mois après sa création.
Edvige fait mieux que les RG !
Mais alors que les effectifs de la DST tournaient autour de 2000 personnes, la DCRI disposera du double ! Et, alors que le décret de 1991 n’autorisait ceux-ci qu’à répertorier les individus « qui peuvent porter atteinte à la sûreté de l’Etat ou à la sécurité publique », celui de 2008 permet à la DCRI de cibler les « personnes susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ».
Ainsi, d’une "pratique des RG" qui était "artisanale" et déjà largement contestée, on passe à "l’échelle industrielle" incompatible avec une société démocratique. Edvige permettra de compiler : état civil, photographie mais aussi fréquentations, comportement, déplacements, appartenance ethnique, vie sexuelle, opinions politiques, philosophiques, religieuses, appartenances syndicales et associatives… La police sera autorisée à consulter ce fichier en cas d’enquêtes administratives pour l’accès à certains emplois. Les mineurs ne seront pas épargnés puisque, fait sans précédent dans notre République et particulièrement choquant, leur fichage sera autorisé dès l’âge de 13 ans, et cela sans qu’aucune infraction n’ait été commise et sur la seule base de leur dangerosité présumée.
La séparation des pouvoirs progresse à pas de géants…
Edvige ignore la séparation des pouvoirs politiques, judiciaires et informatiques puisque il n’y a plus de distinction entre une décision de justice et un fichage politique. Il viole aussi la présomption d’innocence puisqu’il n’y a pas de jugement. Selon la Ligue des Droits de l’Homme, à l’heure actuelle, environ 20 millions de personnes sont fichées. Elle considère ce niveau de surveillance des citoyens, généralisée parfois, discriminatoire souvent, comme incompatible avec l’état de droit. Face à des gouvernants qui se réclament du libéralisme, elle rappelle aux citoyens la prédiction de Thomas Jefferson : « Quiconque est prêt à sacrifier sa liberté pour un peu de sécurité provisoire ne mérite ni l’une ni l’autre et perdra les deux. »
Emmanuelle Gaziello
* Pour obtenir l’abandon du fichier EDVIGE, une pétition sur : http://nonaedvige.ras.eu.org/ a obtenu, au 02 août, et depuis le 10 juillet, 65892 signatures dont 521 d’organisations, collectifs, partis et syndicats.