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Accueil du site > L’hebdo en ligne > n°2142 - 10/10/2008 > Culture/Idées > A poils à plumes à cornes

A poils à plumes à cornes

mercredi 8 octobre 2008 / "le Patriote"

Une exposition organisée par St’Art présentent à la Maison des artistes de Cagnes sur Mer, les œuvres de 36 artistes, peintres, sculpteurs, photographes.

Moi, l’homme moi, la femme, de par ma peau circonvenu qui sépare, m’enferme, me préserve, me protège, écorce, nid, cuirasse, enveloppe, bouclier, moi, l’homme la femme, moi dedans, dans le cocon la matrice mère, moi qui, pieds au sol, chef haut dans la lumière, accomplit, invente, orchestre , d’amour et de mort, les noces de la terre et du ciel, moi, roseau le plus faible de la nature, mais pensant, le monde m’assaillirait, le cosmos menacerait de mon espèce la pérennité, corps assiégé, et toutes forces autour de moi, l’homme la femme, menant grand train, ma peau jusqu’alors dispensatrice de plaisir, qui donne qui reçoit, mes sens, qui de la réalité la beauté du monde se gorgeaient s’abreuvaient, moi, l’homme la femme, déjouerai-je l’encerclement ? Par ruse, par séduction, par les armes et tous les rites, à mon corps défendant, à ma peau dévolus depuis l’origine des temps

Peintres sculpteurs photographes, membres du groupe ST’ART, 36 artistes ont donné réponse à la thématique proposée par Gilbert Baud « A poils à plumes, à cornes ». Exposées à la Maison des artistes de Cagnes sur mer, du 3 au 26 Octobre, leurs œuvres multiplient par la variété des techniques, - toiles, assemblages, sculptures, céramique, photographies, empreintes et traces- , par celle des matériaux – bois, filasse, fer, plume, grès, verre, bribes bleues de bouteilles d’eau minérale, etc, - par la diversité des attitudes philosophiques qu’elles révèlent, l’intérêt et la séduction d’une thématique dont l’enjeu s’apparente à la survie de l’espèce, son bonheur possible dans un avenir incertain, sa résistance dans un présent dépourvu de grâce. Résister prend figures diverses. Si magnifiquement diverses que s’aventurer à classer par catégories, les œuvres ici exposées, c’est en limiter la portée, le sens. Pour le principe, il est le même : moi l’homme moi la femme, la peau autour, pour la séparation, pour l’alliance, la sauver. Il y a ces gens de la terre, artistes qui trouvent la vérité sous le poil, qui effilochent , du tableau peint lisse et verni, la trame grossière, il y a sous un couvercle d’altuglass, ce lit de plumes d’où se dressent , déjà brisées renversées, rompues, les formes courbes et rouges de la vie « à peine éclose ». Plus de tête, le mal est grand, pour cette star en céramique, académie rigide posé avec humour sur une chaise de fourrure : « mise en évidence d’un manque sur fond de volupté » dit la chronique. De volupté, point non plus pour le « Voyeur arrosé ». De ce beau corps de femme nue, les miroirs qui le balafrent ne renvoient que reflets vides, désirs avortés.

Il y a ces gens de l’air et du feu, qui couvrent de chiffons-plumes leur peau nue, de l’être et du paraître brouillant les pistes, à la fin de leur propre moi dépossédés, et grotesques, gonflés de folle vanité sous le plumage : ailes-aviron dirait le poète. Ailes, pour d’autres, à fuir le feu, vers le ciel, vers le haut, s’échapper. De l’oiseau, la trace accrochée au grillage, seulement la trace, libre est son vol. Ou la graphie des ailes mortes, arabesques figées dans le lit d’un désert un jour de neige et de grand vent. Plumes plumetis plumets, chausser, de l’ange, le double et triangulaire apanage, puis, barbe au menton, faire la bête.

La bête, oui, en elle, se perdre se déguiser, non plus moi l’homme, moi, la femme qu’il faut cacher qu’il faut sauver : d’elle, la bête, emprunter imiter, le pelage, le plumage, les écailles.. Celles, ocres, du lézard, du serpent d’Eden, celles, bleues, de l’élégant poisson-volant, celles, multicolores, peintes sur le corps reptilien d’une femme africaine, sur les visages ponctués de blanc, ornés de plumes, filasse, mèches de cheveux, crins : parures pour se fondre, hors la menace. S’y dérober, par assemblage, hybridation, gens de la terre, de l’air, de l’eau, artistes bâtisseurs d’énigmatiques créatures, monstrueuses, fascinantes, s’y dérober, tromper l’ennemi. Devenir, être minotaure, muffle de taureau, poils, cuir, crins et cornes, mais frisotté mignardement, mais couronné, tête énorme sur corps fragile. Disproportion, dissonance, et tous les règnes de l’univers désaccordés : le chien-oiseau, ailes de plumes, nid haut perché, surveille l’horizon, l’homme-loup promène fièrement son humanité difforme.

De ce mortel désordre, comment se garder ? Les trente six artistes, du collectif St’art, dénoncent, imaginent, proposent..Trente six créateurs, qui font les cornes au vent mauvais, un rien chamans, la peau autour : par elle, moi l’homme, moi, la femme, je sens et connais, je résiste ou me donne en pâture aux déséquilibres du monde. Je règne ou meurs. Je dresse ici, sauvant ma peau, l’arc d’une corne intemporelle, presque diadème pour front royal. Je gagne à n’être que ce non lumineux dans l’immensité des planètes en vol, des sentiers, des vagues, leur fureur retenue. Moi je suis unique, prosaïque, récalcitrant, vivace, têtu. Je suis contre . Moi l’homme, moi la femme, tu ne m’auras pas, j’existe.

Paule Stoppa

Maison des artistes . Place du Château. Cagnes-sur-mer. Exposition du 1er au 26 octobre 2008

Les 36 auteurs exposés : Angelo Aliotta, Isabelle Boizard, Kim Boulukos, Gilbert Casula, Véronique Champollion, Jean-Louis Charpentier, Cathie Cotto, Pascale Dupont, Gérard Eli, Franta, Olivier Garcin, Michel Gaudet, Claude Giorgi, Jean-Pierre Giovanelli, Jacques Godard, Didier Hays, Bernard Hejblum, Hala Hilmi Hodeib, Judith Kaantor&Jean Wolfe Rosanis, Roland Kraus, Yvon Le Bellec, Lookace Bamber, Renaud Maridet dit Mardi, Bruno Mendonça, Daniel Mohen, jean Gustave Moulin, Margaret Michel, Gilbert Pedinielli, Marc Piano, Bernard Reyboz, Rico Roberto, Serenella Sossi, Bernard Taride, Monique Thibaudin, Edmond Vernasse, Hubert Weibel.


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