Rendez-vous
Votre journal
- Abonnement - Archives
- Contact - A propos

Agenda Les communiqués Blog citoyen Annonces légales / Publicité Contacts
    Devenir web-rédacteur  
Accueil du site > L’hebdo en ligne > n°2156 - 16/01/2009 > Mouvement > Entretien

Entretien

mercredi 14 janvier 2009 / "le Patriote"

Entretien entre Pierre Barbancey, grand reporter à l’Humanité, en direct de Sderot au Sud d’Israël et Robert Charvin, professeur de droit international, en direct au studio d’Agora FM à Grasse. Extraits de l’émission « Comment va le monde ? » diffusée sur radio AGORA (94.FM) jeudi 7 janvier, animée par Vicky Berardi.

Depuis le début de l’offensive israélienne, les journalistes sont toujours interdits d’entrée à Gaza. Au moment de l’entretien en direct, Pierre Barbancey se trouvait à Sderot, à la frontière israélienne face à la bande de Gaza. Dans un café « chez Joe », il a vu les soldats israéliens venir se détendre, prendre leur café, téléphoner à leur famille, papoter, regarder la TV. Au même moment, de l’autre côté, témoigne t-il, on entend les bombardements, on voit les hélicoptères, les avions balancer leurs missiles ; « c’est assez hallucinant ». Il y aussi, ajoute t-il des Israéliens courageux qui s’élèvent contre cette guerre et qui manifestent. Mais qui en parle ? Il parle de cette enseignante dont le fils est enrôlé à Gaza ; elle se bat car elle sait que tant qu’il n’y aura pas de solution politique avec un véritable Etat palestinien, ce type de situation perdurera. Cette femme affirme vouloir vivre en paix avec les mères palestiniennes en face, de l’autre côté de la frontière. Avec ce qui se passe aujourd’hui, cette possibilité de vivre en paix est encore repoussée aux calendes grecques.

L’entretien se poursuit sur les ondes avec des observations préalables sur la presse et les grands médias. Ainsi, Robert Charvin s’interroge, ironiquement, sur le silence assourdissant de Reporter Sans Frontières et de ces grosses ONG plutôt bien médiatisées et promptes à réagir lorsqu’il s’agit du Tibet ou de Cuba ; que font-elles actuellement ? Les Palestiniens ne semblent pas être des hommes comme les autres…. Israël, un Etat hors la loi

Pierre Barbancey : l’armée israélienne ne s’embarrasse pas des populations civiles. Elle pilonne des zones très peuplées en connaissance de cause ; il est clair que le gouvernement israélien a décidé de ne pas respecter les lois internationales et cela d’autant plus que les dirigeants de ce monde se taisent.

Nicolas Sarkozy dans la région visait simplement un cessez-le feu humanitaire.

Les bombardements sont suspendus pendant quelques heures ; le reste du temps, les bombardements sont incessants. Il n’y a jamais eu de pressions sur Tel Aviv ; mieux, on semble le récompenser puisque l’Union européenne a décidé (il y a mois d’un mois) de rehausser ses relations avec l’Etat israélien.

Aucune résolution n’est votée par le Conseil de sécurité, qui, il faut le rappeler, est actuellement présidé par la France.

Nous sommes en train de vivre le même scénario que celui du Liban en 2006 c’est-à-dire qu’on donne du temps à Israël pour réaliser la fin de son opération et cela aux prix de centaines et de centaines de victimes. Robert Charvin : depuis 50 ans L’Etat d’Israël jouit d’un état d’exceptionnalité ; c’est le seul Etat qui a le droit d’être hors la loi. Il massacre allègrement et on lui pardonne tout. Il se moque éperdument du droit international comme il le fait depuis ½ siècle.

Pierre Barbancey : on le voit d’où nous sommes. L’armée israélienne utilise du phosphore blanc qui brûle les chairs jusqu’à l’os et sectionne les membres. C’est le véritable enfer pour les populations civiles. Elle utilise aussi des missiles à uranium appauvri : on sait ce que cela signifie pour la pollution des sols et pour les futures générations palestiniennes.

Robert Charvin : en période de paix déjà l’Etat d’Israël viole la légalité internationale. La construction du Mur a été condamnée par la Cour Internationale de Justice. Cela n’a rien changé faute de mesures contraignantes. L’Union Européenne pourrait (et sa Charte lui en donne le droit) appliquer des sanctions économiques, suspendre ses accords de coopération… Mais rien ne se passe tant la complicité est grande entre les Etats-Unis, l’Union Européenne et la France.

PB : un petit rappel est nécessaire. En 1993 les accords d’Oslo prévoyaient un Etat palestinien qui n’a jamais vu le jour. La frustration (ajoutée aux humiliations et autres oppressions) a produit la 2è Intifada et renforcé le Hamas (Sharon sur l’esplanade des mosquées en 2000). Il y eu ensuite la feuille de route du quartet (ONU, EU, UE, Russie) prévoyant un Etat palestinien pour fin 2005. Puis la conférence d’Annapolis fin 2007 sous l’égide des E.U avec certains Etats arabes prévoyant l’Etat palestinien à la fin du mandat de G.W. Bush à savoir ce 20 janvier.

Il est clair qu’aujourd’hui Israël ne veut pas d’un Etat palestinien viable dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. L’autorité d’occupation cherche à englober le maximum de territoires de la Palestine historique notamment l’annexion du grand bloc de colonies implantées en Cisjordanie et ne laisser aux Palestiniens que 4 bantoustans, 3 en Cisjordanie, 1 à Gaza, tout en gardant bien sûr le contrôle du Jourdain et de Jérusalem. Lesquels bantoustans seraient dirigés par des tribus ou des clans, l’important étant d’annihiler l’identité palestinienne et la possibilité d’Un Etat.

Même si la majorité des Palestiniens n’adhère pas au projet du Hamas, celui –ci représente aujourd’hui la résistance palestinienne. Or, l’un des principaux objectifs de cette offensive israélienne est de faire comprendre aux Palestiniens qu’ils ne doivent plus résister, sinon ils sont morts. Le problème c’est que l’Etat israélien bénéficie de fortes complicités internationales, alors que la mobilisation des populations en Europe et dans le monde aide les Palestiniens à tenir, ils nous le disent.

Des pressions internationales pour une solution politique à un conflit colonial

PB : En attendant, en termes politiques, il faut aller jusqu’au bout sachant qu’il ne s’agit pas d’un conflit entre Arabes et Juifs mais qu’il s’agit d’un conflit de type colonial pour lequel il faut une solution politique et pas seulement humanitaire.

Il faut insister également sur le fait que nous ne sommes pas en présence d’une guerre contre le Hamas – comme beaucoup veulent le faire croire – mais d’une guerre contre le peuple palestinien. RC : Ce que veulent les dirigeants israéliens c’est d’une part fabriquer leur interlocuteur pour négocier comme ils le souhaitent et par ailleurs, c’est avoir une main d’oeuvre palestinienne exploitable et corvéable à merci, et pour les Etats Unis, c’est avoir un bastion occidental dans la région.

J’en profite pour rappeler que Ehud Barak qui mène l’offensive sur Gaza est le candidat du parti travailliste lequel est membre de l’Internationale Socialiste.

PB : Tzipi Livni a été claire lorsqu’elle est venue à Paris deux jours avant l’offensive ; elle a affirmé q’Israël se trouve sur la ligne de front du monde libre et de son combat contre le terrorisme. Un discours qui converge avec celui de N. Sarkozy sur l’Afghanistan et qui redonne toute sa place à Israël dans le dispositif (l’échiquer) régional occidental et amoindrit les chances que l’UE puisse enfin prendre des mesures conséquentes obligeant Israël à se conformer droit international. Une chose est sûre, après cette guerre la région proche-orientale ne sera plus la même.

RC : L’UE flotte car elle attend les positions de l’administration américaine.

Il faut espérer que ce massacre « contribue » à reconstituer une unité palestinienne et à faire réagir la communauté internationale. Celle-ci a une responsabilité majeure car si Israël va jusqu’au bout de sa stratégie cela risquerait d’aboutir non seulement à la liquidation de la résistance mais aussi de la société palestinienne tout entière. PB : Chez les Palestiniens personne ne se fait d’illusions sur l’Administration Obama ; en revanche on compte beaucoup sur l’Union Européenne et la déception est à la mesure de cette attente. Or, il faut arriver à faire respecter la légalité internationale en ne cessant de rappeler que dans cette affaire il y a un occupant, Israël et un occupé le peuple palestinien.

A ce moment là on peut envisager l’avenir avec un Etat palestinien viable.

Il faut continuer à manifester pour l’arrêt du carnage mais aussi pour une solution politique juste et durable et sa mise en œuvre. Les forces politiques en France doivent prendre leur responsabilité en ce sens au lieu de crier au danger d’importation du conflit.

Transcription Latifa Madani


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette