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vendredi 6 mars 2009 / "le Patriote"
« Ce sont souvent des épouses de messieurs eux aussi sans papier, recluses et retirées du monde sans aucune vie sociale. Celles qui travaillent font le plus souvent des ménages au noir à pas d’heures et sont confrontés à la difficulté de la garde de leurs enfants », témoigne Christian Masson, président du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié des Peuples) dans le 06. Suzanne, Kadija, Mina, Aziza sont toutes les quatre femmes célibataires et sans papiers. Elles ont rejoint la CGT l’année dernière y entrevoyant un espoir d’être soutenue dans leurs démarches administrative pour leur régularisation. Car à l’opposé des hommes, elles ne veulent pas avoir recours aux faux papiers vendus à prix d’or par des bandes parfois mêlées à des trafics de tous genres. Une honnêteté, qui pour l’instant ne joue pas en leur faveur car la réponse de la préfecture tarde. Mina, de son côté, a déjà essuyé deux refus de régularisation pour manque de pièce. Des pièces qu’elle s’est empressée de verser au dossier. Rien à faire l’administration campe sur ses positions, une preuve pour Mina : « Il manquait la promesse d’embauche que j’ai envoyé aussitôt. La seule réponse que j’ai eu c’est un autre refus. Pour moi cela démontre bien qu’ils ne regardent pas les dossiers ». Le cas de Kadija, une jeune femme épuisée par sa maladie, est dramatique. Abandonnée de toute part, elle, comme de nombreuses autres sans papiers n’a pas revu sa famille depuis des années. Mais les choses deviennent de plus en plus insoutenables pour Kadija, diabétique et privée de ses droits à l’aide médicale de l’Etat (AME) depuis quelques mois. Mohammed confirme que l’obtention de l’AME n’est plus ce qu’elle était depuis quelques temps : « Avant vraiment tous les étrangers y avait droit et leur demande aboutissait en dix, quinze jours. Maintenant il faut attendre deux, trois mois et encore sans pour autant avoir la certitude de l’obtenir ».
Il en va de leur vie
Alors que la plupart des hommes sont des immigrés économiques, pour les femmes se sont des raisons plus tragiques encore qui les poussent à quitter le pays. Nombreuses sont celles qui sont obligées de se cacher suite à un viol ou un mariage forcé. Christian Masson explique le cas d’une jeune Tchétchène : « Elle a été violée en Tchétchénie. Pour échapper à une mort certaine, elle a fuit en France. Ici à Nice, elle continue à craindre des représailles par ces congénères masculins qui cherchent à laver l’honneur de la famille en commettant un crime d’honneur ». Ces mêmes femmes, une fois en France, ne voient pas pour autant le bout du tunnel. Leur calvaire continue, condamnées à vivre dans la rue, errant de centre d’hébergement en squat. Alors qu’il leur faudrait des centres d’accueil spécialisés où trouver une cellule de soutien psychologique, elles sont logées à la même enseigne que les hommes, avec tous les dangers que cela implique. Comment trouver où se loger convenablement quand on n’a pas de papier en règle ? Celles qui trouvent à se loger dans des lieux exigus sont réduites à une cohabitation difficile dont elles font souvent les frais. Pour survivre et payer leur loyer elles cumulent les petits boulots au noir, les salaires et les horaires dépendants de la bonne volonté du patron. La rémunération s’élevant de cinquante euros pour une journée de 15 h et trente euros pour dix heures de travail pénible. Pourtant les statuts diffèrent pour les femmes sans-papiers, certaines sont mieux loties que d’autres, constate Suzanne, serveuse : « Une femme, qui se promènent avec des enfants dans la rue est rarement interpellée par les policier. En ce qui me concerne j’évite de trop m’afficher lors de manifestation par peur de représailles de mon patron ». Mina, Kadija et Aziza, à la recherche d’un emploi, n’ont rien à perdre et s’engagent autant que possible dans le combat des sans-papiers : « Quand on a plus que l’espoir, on s’accroche à toute main tendue ». Une souffrance qu’elles tentent de dissimuler derrière leur éternel sourire.
Miriam Berger