Rendez-vous
Votre journal
- Abonnement - Archives
- Contact - A propos

Agenda Les communiqués Blog citoyen Annonces légales / Publicité Contacts
    Devenir web-rédacteur  
Accueil du site > L’hebdo en ligne > n°2197 - 30/10/09 > Grand stade dans les filets du privé > Le privé, dieu du stade

Le privé, dieu du stade

vendredi 30 octobre 2009 / "le Patriote"

Faut-il un stade à Nice et rien qu’un stade, où bien tout un éco-quartier comprenant des galeries commerciales, la possibilité d’organiser des séminaires et des concerts ? Finalement, dans le cadre d’un partenariat public-privé, l’opérateur choisi exploitera pour trente ans le futur stade avec une prise de risque égale à… zéro. Au contraire de la municipalité

Lors du dernier conseil municipal, la question a créé un vif échange, et dans son ensemble, l’opposition a voté contre. Un rapport de 78 pages avait été préalablement remis aux conseillers municipaux, et immédiatement après le Débat d’orientation budgétaire, la délibération du grand stade était soumise au vote de l’assemblée municipale. La matinée, presqu’entièrement consacrée à ces deux sujets, fut chargée. Alain Philip, adjoint au maire délégué à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire, présente la configuration du futur complexe, le choix du mode de réalisation, et demande l’autorisation d’engager la procédure de consultation. « Il est proposé au conseil municipal, dit-il, d’accepter le projet de réalisation du Grand Stade, d’approuver le recours au contrat de partenariat, d’autoriser le maire à solliciter les différents partenaires institutionnels pour le financement de l’opération, de l’autoriser à mener le dialogue compétitif pour l’attribution du contrat, et enfin d’approuver un montant d’indemnisation de 250 000 euros maximum pour chaque candidat non retenu ». L’idée de la majorité, c’est de faire une enceinte de 35 000 places, convertible, lors d’occasions spéciales, en 40 000 places. Le coût annoncé est de 157 millions d’euros.

Levée de boucliers. Les critiques ont particulièrement convergées vers deux points essentiels. L’emplacement retenu – la plaine du Var – tout d’abord, et la taille du projet.

L’identité du club

Un projet « pharaonique » disait notamment Patrick Allemand, le leader socialiste du groupe d’opposition Changer d’Ere. Robert Injey, président du groupe Communistes et Républicains plaide lui pour un équipement plus modeste, et surtout situé en cœur de ville.

Pour les deux hommes qui ne nient pas l’importance pour la ville et le club de se doter d’un stade neuf, celui-ci doit demeurer en centre-ville. « La place des stades dans le sud de l’Europe est en pleine ville », plaide Patrick Allemand. Ainsi, d’après lui, les supporters ne réagissent pas de la même manière selon que la latitude change : « Nîmes et Cannes ont fait le choix d’un stade excentré, et ils ne s’en sont pas remis. A Turin, la Juventus avait fait construire son nouveau stade à l’extérieur, et finalement, devant la baisse de fréquentation, l’équipe a dû racheter son ancien stade ! »

Les supporters semblent être sur la même longueur d’ondes, si l’on en croit en tout cas l’Armada Rumpetata Nissa (ARN). Cédric Grimaud, président de l’association, reconnaît que le stade doit être rénové, mais annonce tout de go être « pour le maintien du stade au Ray, en pleine ville. Nous préférons qu’il y ait moins de places que 35 000, dit-il, car on a peur que ce soit alors un stade qui sonne creux. Les villes qui ont fait ça se retrouvent généralement avec des stades à moitié vides, comme à Toulouse. Nous, on préfère avoir un stade chaud bouillant à guichets fermés ».

D’aucuns assurent que le fait d’agrandir la capacité augmentera mécaniquement la fréquentation, et d’ailleurs, l’espoir est de passer à une moyenne de 22 à 25 000 spectateurs. Actuellement, au Ray, la moyenne est de 11 000 personnes. Hors l’effet d’aubaine du début et les matches de l’Euro 2016 (3 à Nice) si la France est retenue, le pari est gros.

Au conseil municipal, l’opposition à l’unisson, a fustigé la taille du projet de réalisation, laquelle entraîne forcément un coût en proportion. Mais ce coût total est rendu encore plus exorbitant par le choix de la procédure : un partenariat public-privé.

Prospective

Ainsi, Robert Injey, farouchement contre, explique en séance les risques liés à l’opération, précisant « que les fonds publics seront utilisés pour garantir les profits de l’opérateur privé. La collectivité devient une vraie poule aux œufs d’or, au bout de trente ans, le stade reviendra à près de 300 millions d’euros à la ville. De plus, cette solution de partenariat, pour être rapide, profitera forcément aux géants du BTP, et dans une mesure bien moindre à quelques PME… »

Dans le rapport remis aux conseillers, s’il est inscrit que le cocontractant (l’opérateur privé), assure l’entretien, la maintenance et l’exploitation de l’équipement ; il est aussi noté qu’il « reviendrait à la ville d’assumer seule le risque de défaillance du club sans, bien évidemment, pouvoir répercuter tout ou partie de ce risque au partenaire ». Alors, certes la ville recevra annuellement une redevance du club de 3 à 4 millions d’euros, mais en comptant la subvention d’équipement que versera la ville, de plusieurs dizaines de millions d’euros (45 ou 75 millions selon les scénarii) et la redevance annuelle versée, on obtient déjà une addition salée. Mais si l’on ajoute en plus une descente du club résident, l’OGC Nice, en Ligue 2, il faudra rajouter, plusieurs dizaines de millions supplémentaires par an. Et ces trente dernières années, le GYM a joué non moins de dix années en Ligue 2. En sera-t-il de même lors des trente prochaines ? La question reste entière.

Par contre, ce qui est sûr, c’est que pour l’opérateur, la situation est confortable. Il perçoit outre les subventions des collectivités, les revenus liés à la billetterie sèche, ceux provenant des buvettes et une possibilité de « Naming » : pratique publicitaire qui consiste à donner au stade, contractuellement et pour une longue période (au moins 10 ans), le nom d’une enseigne (ex : l’Emirates Stadium d’Arsenal). Le tout en ne prenant absolument aucun risque. Il jouira également de l’usufruit de la location du stade, sans oublier non plus la redevance du musée du sport. Car oui, le projet prévoit aussi d’accueillir un musée du sport. Et qui dit que Nice a besoin d’un stade ? « Ce n’est pas un stade qui sera construit, répond Christian Estrosi, c’est tout un éco-quartier ! » Ah bon, très bien. Mais est-ce que l’éco-quartier a besoin d’un stade ?

R.F.

1 Message

  • Le privé, dieu du stade

    4 novembre 2009 14:35, par Meloria
    L’OGC Nice fait partie du patrimoine niçois. Ce club est le seul à représenter la ville de Nice à un haut niveau professionnel, dans un sport majeur. La dernière construction d’un stade remonte aux années 1940. Un investissement tous les 70 ans pour un stade, est-ce si exorbitant ? Pour ma part, sans aucun parti-pris politique, je déplore le manque d’ambition flagrant des conseillers municipaux d’opposition. Lille et Lyon se dotent de stade nouveaux et excentrés, nous ne sommes pas les seuls.

    Répondre à ce message


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette