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Pour des mesures efficaces
vendredi 12 février 2010 / "le Patriote"
Dans un récent sondage Ifop publié dans l’Humanité et réalisé selon la méthode des quotas, l’on apprenait que près de sept Français sur dix (69%) sont « plutôt favorables » à la réquisition par les pouvoirs publics des logements privés inoccupés pour y loger des personnes mal logées. 30% des personnes interrogées y sont au contraire « plutôt opposées » car « cela constituerait une atteinte au droit de propriété », tandis que 1% des sondés ne se sont pas prononcés. Le soutien aux réquisitions de logements inoccupés obtient 80% chez les sympathisants de gauche, tandis que les sympathisants UMP sont partagés : 50% y sont plutôt opposés et 49% plutôt favorables. Les sympathisants du Modem sont plutôt favorables à 69%. Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département Opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop, revient sur ces surprenants résultats en ces termes : « Cela s’explique premièrement par la crise du logement, ensuite par le travail des associations qui a contribué à populariser le problème des réquisitions. Enfin, par le contexte actuel. Devant un tel écart de richesse entre les Français, la précarité devient de plus en plus inacceptable par la majorité d’entre eux ». Au lendemain de la parution du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre, lequel mettait en exergue, au début du mois, le terrible chiffre de 10 millions de personnes ayant, en France, des difficultés à se loger, le Secrétaire d’état au logement, Benoist Apparu, a plaidé pour un rachat par les organismes HLM des logements vacants, et a aussi insisté pour que les associations louent des appartements du secteur privé, de manière à les sous-louer par la suite à des personnes aux revenus modestes. Mais la fin ne justifie pas toujours les moyens.
« L’Etat ne doit pas déléguer son obligation de droit au logement, s’exclame Cécile Dumas, Conseillère communautaire à la Casa (Antibes, Sophia-Antipolis). L’ANAH, association nationale de l’amélioration de l’habitat existe exactement pour cela, elle permet la remise dans le circuit de logements vacants avec des subventions à hauteur de 70%, à condition que les loyers pratiqués par la suite soient très bas (et jusqu’à 90% même, si les loyers pratiqués sont ceux des PLAI). Du coup, les propriétaires bénéficient pour leur bien d’une rénovation, ils ont une garantie de loyer, et les plus modestes peuvent se loger. Cela permet de lutter efficacement contre le déficit drastique de logements sociaux. Donc, les associations ne doivent absolument pas continuer à compenser le manque de l’état, d’autant que la loi DALO (Droit au logement opposable) existe maintenant ». Selon l’INSEE, au niveau national, près de 20% des propriétaires en pôle urbain disent laisser leur logement vacant à cause de difficultés budgétaire pour le rénover, tandis que la proportion atteint près de 30% en milieu rural. Jean Quentric est président de l’association AG06*, agence immobilière à vocation sociale. Son objectif est de trouver des propriétaires « solidaires », dont les biens sont situés en centre-ville, prêts à louer leur bien à un loyer modéré, en échange de quoi l’association prend toute l’intendance en charge. « Nous arrivons à trouver des prix compris entre 8 et 9 euros du m², alors que la moyenne départementale est de 16 euros », explique-t-il. 800 logements sont actuellement gérés par AG06. Il estime le rôle de son association complémentaire à celui des pouvoirs publics. « Finalement, ce que nous faisons nous, est fait aussi par les grandes communes telles que Grasse, Antibes, Cannes, NCA. Nous, nous faisons un peu plus, nous voulons que les personnes réinvestissent les centres-villes. C’est en complément de l’Etat que nous agissons, chacun reste à sa place ». Dans les Alpes-Maritimes, le nombre de logements vacants est impressionnant puisqu’il s’élève probablement à plusieurs dizaines de milliers. Rien qu’à Nice, le nombre d’appartements vides doit probablement dépasser les 10 000. « Mais la problématique est double, nous confiait il y a quelque temps Dominique Estrosi-Sassone, l’adjointe au maire de Nice déléguée au logement. Ou le propriétaire ne veut plus louer après avoir eu de mauvaises expériences, ou les logements sont insalubres », et cela coûte cher.
Mais pourquoi ne pas faire davantage appel aux outils existants tels que l’ANAH ? Est-ce une volonté politique ? Pour la Conseillère municipale de Nice Emmanuelle Gaziello, s’il y a bien une « bombe politique » sur cette question de lutte contre la vacance, c’est autour des logements communaux. Car, dit-elle, la réquisition présente le désavantage de revêtir potentiellement une atteinte au droit de propriété, ainsi que certains 30% des sondés l’ont d’ailleurs mis en exergue. « Il y a une loi qui date de 1945 sur la réquisition, appliquons-la ! Mais seulement sur des logements vraiment vacants, ceux qui sont en spéculation ». Par contre, il existe, à Nice par exemple, tout un parc de logements communaux totalement vides. « En tant qu’élus, avec nos petits moyens, quand on a connaissance de logements vacants, on s’y intéresse, et souvent, on se rend compte qu’ils appartiennent à la mairie. Nous pensons qu’il y en a énormément. Car à chaque fois, ce sont d’immeubles entiers dont il s’agit. Alors peut-être sont-ils en mauvais état, mais il faut accorder une importance prioritaire à la rénovation de l’habitat, puisqu’on peine tellement à construire ». Seulement, cela enlève à la municipalité une grande possibilité marchande. « Lors de la dernière commission des biens communaux, en novembre, 30 logements vacants ont ainsi été vendus », détaille-t-elle. R.F.
* AG 06, 7-9 rue Henri de Cessole, Nice. Tel : 04 92 07 52 52.