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jeudi 7 juin 2007 / "le Patriote"
Les appartements murés du « Saint-Pierre », dans le quartier de l’Ariane, hébergent les immondices. Dans les cages d’escaliers, les fils dénudés montrent les griffes, les incendies ont incrusté les murs de suie. Selon les associations « Habitat et citoyenneté » et « Un cœur pour l’Ariane », les pompiers boudent les ascenseurs bloqués, les agents EDF et GDF effectuent les relevés de compteurs « par estimation ».
Exaspérés, les locataires ont donc décidé de faire le pied de grue devant les locaux du bailleur, jeudi 24 mai, avec le soutien des élus Adeline Mouton (PCF), Bruno Della-Sudda (les Alternatifs) et un conseiller municipal de La Trinité. Ils ont toutefois fini par rebrousser chemin, bredouilles. La direction du territoire (en charge du nettoyage des parties externes) s’est abstenue de pointer le bout de son nez et le chef d’agence de Côte d’Azur Habitat (ex-OPAM, responsable de l’entretien des bâtiments) a assuré être retenu sur un autre site. En revanche, la première, prévenue que des photos des lieux avaient été communiquées à la presse, aurait passé un bon coup de balai à l’extérieur des immeubles deux jours avant la manifestation.
Dominique Estrosi, adjoint au maire sur les questions de politique de la ville et d’habitat, a ainsi relevé, en séance de conseil municipal, le 25 mai, deux phrases écrites de la main des présidents d’associations. Celles-ci notaient un réel effort de la part de la direction du territoire.
« Néanmoins, ce courrier était davantage destiné à instaurer un dialogue qu’à passer de la pommade à la ville », s’amuse Christian Masson, de « Un cœur pour l’Ariane ». Car, à Saint Pierre, outre le problème de l’insalubrité des lieux, les points d’interrogation planent dans l’air. En effet, le « château Saint-Pierre » est appelé à disparaître dans le cadre de la rénovation urbaine d’ici à 2010 et une vaste opération de relogement doit officiellement être bouclée avant fin 2008. Elle aurait dû démarrer début juillet 2007, après remise d’un diagnostic social. « Il devait permettre de reloger les familles et de les accompagner au cas par cas. Or, il semblerait que les personnes les moins en difficulté aient commencé à déménager dès la fin 2006 », explique Bernard Neuville, de « Habitat et citoyenneté ». Selon lui, les heureux élus « auraient pu avoir affaire à des politiciens pour lesquels ils présentent un électorat potentiel »…
Ainsi, la mission relogement a failli à son engagement de reloger d’abord les cas les plus lourds, ceux pour qui trouver un logement relève de l’exploit compte tenu de leur « profil ». Ceux-là occupaient encore, début janvier, autour de 280 appartements, 430 autres ayant d’ores et déjà été vidés et condamnés.
Pour eux, trois solutions : déménager dans des petits bâtiments qui devraient être construits aux alentours d’ici à fin 2008 ou être relogés par Côte d’Azur Habitat (30 % des cas) ou par l’un des autres bailleurs sociaux (dont Erilia, SA d’HLM et Nouveaux Logis d’Azur, société d’HLM du réseau SCIC Habitat) sur le coup (70 % des cas). « Or, pas l’ombre d’une dalle destinée à favoriser la mixité sociale n’a encore été coulée aux abords du « Saint-Pierre » et toute trace de service public de logement social va disparaître dans le coin », regrette Bernard Neuville. « A priori, les nouveaux logements sociaux seront financés, au moins en partie, par le 1% patronal et auront vocation à accueillir des salariés », précise-t-il. Et de conclure : « Il va falloir voir les conditions de relogement ». « En attendant ils ont droit, a minima, à des travaux d’urgence. Sauf si le but de l’opération n’est pas d’améliorer le cadre de vie des habitants… », accuse Christian Masson.
Laurie CHIARA
Encadré
Riverains et associations au secours de « Vie et Partages »
L’association « Vie et Partages », localisée à l’Ariane, a cru devoir fermer ses portes cet été, faute de subventions publiques. Néanmoins, l’adhésion solidaire des usagers, du réseau militant du quartier, grâce à des dons versés d’un montant supérieur aux 10 euros de cotisation, l’association espère poursuivre son action. Selon Bernard Neuville, délégué bénévole de « Vie et Partages » et écrivain public, le Conseil général devrait également, pour la première fois en quatre ans, participer aux subventions délivrées dans le cadre du contrat de ville. L’enveloppe de juillet devrait contenir 17.000 euros au lieu des 33.000 euros annuels habituels. Ces fonds permettent de proposer aux riverains les services d’une épicerie solidaire, d’écrivain public et d’alphabétisation.