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Revue de presse

JOURNEES DU PATRIMOINE

La « Sixtine » niçoise,

mercredi 19 septembre 2007 / "le Patriote"

La 23e édition des « Journées européennes du patrimoine » se déroulera les 15 et 16 septembre prochain. Opération nationale organisée à l’initiative du ministère de la Culture, elle est devenue aujourd’hui incontournable et permet à tout un chacun d’accéder librement à divers lieux représentatifs de la richesse patrimoniale française.

« Des hommes et des femmes au service des biens culturels », thème choisi cette année, va permettre d’aller à la rencontre et d’échanger avec ceux et celles qui agissent quotidiennement en faveur du patrimoine. Dans des lieux riches d’Histoire, bien souvent « cachés » par des façades qui font partie de notre quotidien et derrière lesquelles nous ne soupçonnons pas la somptueuse décoration intérieure.

Ce n’est justement pas le cas du sanctuaire national de Notre-Dame-Auxiliatrice, la « Sixtine » niçoise, mieux connue par les Niçois sous le vocable d’église « Don-Bosco ». Chef-d’œuvre de l’art-déco, on remarque tout de suite sa façade en traversant la place Don-Bosco, située à côté du grand éta-blissement scolaire et professionnel du même nom, tout près du palais des Expositions, sur l’ancienne place du XVe-Corps.

Marcel Dallo, témoin vivant de l’histoire de l’édifice !

Conservateur du sanctuaire, ancien professeur de la classe préparatoire aux professorats d’art au lycée Masséna, M. Dallo m’en a fait faire la visite. Tout en me racontant les faits historiques, sociaux et culturels qui se déroulèrent ici même. Je ne me doutais pas que j’allais découvrir ici un bâtiment mariant modernité et référence historique, sobriété architecturale et luxuriance décorative. Alliant, lui, passion et érudition dans son récit, M. Dallo, qui était, lors de l’inauguration, enfant de chœur dans cette église même, a vu son destin intimement lié à cet édifice. Ainsi, pendant la guerre, le réseau « Marcel », dont il fit partie et qui sauva bon nombre d’enfants et d’adultes juifs à l’initiative de Mgr Rémond, avait pour point de convergence cet imposant monument. Cin-quante enfants juifs furent ainsi cachés dans la crypte en 1943 et eurent la vie sauve pendant que la gestapo d’Aloïs Brüner associée à la milice niçoise de Darnand, les cherchait au-dessus de leurs têtes !! Un père, parmi les bâtisseurs du sanctuaire, Michel Blain, est d’ailleurs nommé « Juste parmi les Na-tions » en 1999.

Les origines

Notre-Dame-Auxiliatrice est l’église des Salésiens, congrégation religieuse fondée en Italie en 1859 par Don Bosco, avec pour double vocation l’enseigne-ment de la jeunesse populaire et les missions extérieures. Le Piémontais Jean Bosco (1815-1888, canonisé en1934) fut un des grands éducateurs du XIXe siècle.

Première fondation salésienne en France, l’établissement niçois est créé dès 1875, sous l’épiscopat de Mgr Pierre Sola. Il ne dispose alors que de la cha-pelle du patronage Saint-Pierre, son appellation d’origine. C’est au père Louis Cartier, également curé de la paroisse, créée en 1913, qu’incombe la cons-truction de l’église actuelle, la plus vaste du diocèse aujourd’hui encore.

Si le gros œuvre et l’essentiel du décor sont réalisés de 1926 à 1933, date de l’inauguration, les travaux de décoration intérieure, ralentis par le manque d’argent, durent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L’architecture, due au Niçois Jules Fèbvre (1859-1934), formé à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, qui est aussi l’auteur de « L’hôtel Majestic », de la co-lonnade de l’église du Port et de l’église Saint-Etienne de la rue Vernier, fait appel au béton armé, technique conçue au début du XXe siècle. Un parti archi-tectural résolument moderne, par l’élégante légèreté de la structure que celui-ci autorise (fins supports octogonaux montant de fond, plafond plat adouci par des plans inclinés, claustras ajourant les murs).

L’unité spatiale est cependant préservée, à la fois par la lumière colorée des grandes verrières et par l’omniprésence du décor.

Des fresques couvrant toute la surface de béton !!

La décoration, confiée au peintre Eugène dit Etienne Doucet (1890-1978), qui travaille aux fresques pendant plus de dix ans, attire dès l’entrée. A Nice, on connaît de lui le décor aujourd’hui caché de la grande salle du cinéma-théâtre « l’Escurial ». Pour ce travail, il s’est inspiré des œuvres antiques de Ra-venne, qu’il a transposées dans le style issu de l’Exposition des Arts Décoratifs de 1925. Ce procédé permet à la décoration de faire corps totalement avec son support. Avec des allures de tapisserie ancienne, la fresque durcit avec le temps et sa résistance augmente au point de tenir aussi longtemps que le mur avec lequel elle se confond.(1)

Mentionnons également le maître verrier grenoblois Bessac, auteur des vitraux des chapelles latérales, et l’atelier Mauméjean, réalisateur du maître-autel, ainsi que les « graffitis » gravés au stylet dans l’enduit frais, enrichissant porches et corniches, à l’extérieur, d’inspiration tout à fait niçoise.

Actualité

En 2001, l’édifice a été inscrit sur l’inventaire des Monuments historiques. Sa couverture a récemment fait l’objet d’une restauration d’ensemble. Est éga-lement envisagé l’aménagement dans la sacristie d’un musée d’art sacré, qui présentera les vêtements liturgiques et la collection de dessins préparatoires au projet, notamment les nombreuses études de Doucet pour le décor peint.

Emmanuelle GAZIELLO

——— (1) Le procédé de la fresque est simple : sur un crépi sec et rugueux, le peintre délimite l’emplacement de ce qu’il peut exécuter en une seule journée — le mortier une fois sec ne devant plus être touché. Le stucateur y place un mortier fait de sable de rivière et de chaux grasse, puis l’aplanit. Le dessin, préalablement piqué (poncif) est ensuite " transféré " sur le mortier, pour ensuite être rapidement colorisé au moyen de couleurs en poudre.


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